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C'est officiel: passer du temps dehors nous fait du bien!

Chemin ensoleillé dans une forêt de conifères

Nouvelle étude.

 Vivre proche de la nature et passer du temps dehors entraîne des effets bénéfiques pour la santé nombreux et variés, selon une toute nouvelle étude de l’Université d’East Anglia (UEA). Selon ce rapport publié le 6 juillet dernier, l’exposition aux espaces verts réduit le risque de diabète de type II, les maladies cardiovasculaires, les morts prématurées, les naissances avant terme, le stress et l’hypertension artérielle.


Bonne nouvelle ? Oui, certainement, mais est-ce pour autant un scoop ?

Synthèse

Pas vraiment… Cette étude est une méta-analyse et une revue de synthèse de 140 recherches déjà menées dans ce domaine, et ne nous apprend donc pas plus que ce que chacune de ces recherches avait pu démontrer. Mais elle a le mérite de rassembler de nombreuses données et de donner ainsi une cohérence à ce qui est bien plus qu’une théorie farfelue : le pouvoir guérisseur de la nature.


D’après l’équipe qui a mené cette recherche à l’Université d’East Anglia, les personnes avec un degré d’exposition aux espaces verts plus élevé ont plus de chances d’avoir une bonne santé globale.


L’auteure principale Caoimhe Twohig-Bennett, de la Norwich Medical School de l’UEA, déclare : « Passer du temps dans la nature nous aide certainement à nous sentir en meilleure santé, mais jusqu’ici l’impact à long terme sur notre bien-être n’avait pas été pleinement compris. Nous avons récolté des données de plus de 140 études concernant plus de 290 millions de personnes pour voir si vraiment la nature amène une amélioration à la santé. »


L’équipe de recherche a étudié des données d’une vingtaine de pays, dont la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Australie et le Japon – où le Shinrin yoku (bain de forêt) est une pratique populaire.


Les « espaces verts » sont définis comme un terrain ouvert et non construit, couvert de végétation naturelle, aussi bien que des espaces verts urbains, comme des parcs ou de la verdure le long des rues. L’équipe a comparé la santé des personnes qui n’ont qu’un accès réduit aux espaces verts à la santé de celles qui bénéficient du degré d’exposition le plus élevé.


« Nous avons trouvé que passer du temps dans des espaces verts naturels, ou habiter à proximité de ceux-ci se combine avec des bénéfices pour la santé variés et significatifs. Ce facteur contribue à réduire le risque de diabète de type II, les maladies cardiovasculaires, les morts prématurées, les naissances avant terme, et augmente la durée du sommeil. Les personnes qui vivent plus proches de la nature connaissent également une réduction de la pression artérielle diastolique, de la fréquence cardiaque et du stress. En fait, une chose vraiment intéressante que nous avons trouvée est que l’exposition aux espaces verts réduit significativement le niveau de cortisol salivaire – un marqueur physiologique de stress. »

Dans les années 80 déjà

Ces résultats viennent s’ajouter à une liste déjà bien établie des effets bénéfiques de la nature sur la santé. En 1984 déjà, le psychologue de l’environnement Roger Ulrich avait découvert que la vue qu’offrait la fenêtre des patients qui venaient de subir une opération pouvait avoir un effet significatif sur les complications post-opératoires, le temps de récupération et le besoin en antidouleurs. Les patients qui bénéficiaient d’une fenêtre donnant sur un environnement naturel avaient moins de complications, avaient besoin de moins de médicaments et restaient moins longtemps à l’hôpital.


L’étude d’Ulrich a été le point de départ d’une vague de recherches dans un domaine baptisé biophilie – la préférence apparemment instinctive que chacun ressent pour des formes ou des caractéristiques naturelles de notre environnement. Beaucoup de ces recherches ont démontré que lorsque ces caractéristiques sont présentes, les humains ont tendance à se sentir plus calmes, plus à l’aise, plus confortables, moins stressés et, ce qui est plus étonnant mais néanmoins logique, le stress étant le premier facteur fragilisant l’immunité,  leur santé peut réellement s’améliorer.


Si vous-même cherchez un souvenir où vous vous êtes senti exceptionnellement bien, qu’est-ce qui remonte en premier ? Après avoir lu le début de cet article, c’est évidemment difficile de se prêter à cet exercice sans avoir subi une influence, mais vous pouvez faire ce test dans votre entourage ! Il y a bien des chances que dans ce souvenir vous vous trouviez dans un environnement comptant au moins des éléments naturels comme des arbres, une rivière, de la verdure, et non dans un cadre construit et complètement artificiel…

 

Au Japon, dès les années 40, lorsque le Dr Shoma Morita envoyait ses patients dans la forêt, il ne faisait que reprendre une pratique ancestrale. Plus tard, en 1982, le directeur de l’Agence nationale des forêts, Tomohide Akiyama, créa le terme de Shinrin yoku (bain de forêt) pour promouvoir la marche en forêt comme démarche de santé et de bien-être. Depuis, toute une série de recherches ont été faites, au Japon et ailleurs, sur les différents effets des bains de forêt.


Plus près de nous, une étude de Birdlife parue en 2007 qui avait passé en revue 26 recherches européennes montrait l’importance de la biodiversité pour la santé, la qualité de vie et la prospérité de tous les citoyens de l’UE.

Scène forestière avec reflets dans l'eau d'un marais

Effets préventifs, mais aussi curatifs

Pour revenir à la présente étude, Caoimhe Twohig-Bennett poursuit :
 « Bien que nous ayons passé en revue un large corpus de recherches sur la relation entre espaces verts et santé, nous ne savons pas exactement de quoi est faite cette relation. Les gens vivant près d’espaces verts ont probablement plus d’occasions d’activités physiques et de socialisation. En même temps, l’exposition à une large variété de bactéries présentes dans les zones naturelles peut avoir des effets bénéfiques sur le système immunitaire et réduire l’inflammation. Une bonne partie des recherches au Japon indique que les phytoncides – des composés organiques ayant des propriétés antibactériennes – dégagés par les arbres pourraient expliquer ces propriétés stimulantes pour la santé. »


Le Professeur Andy Jones, co-auteur de l’étude, également de l’UEA, explique : « Nous cherchons souvent des médicaments quand nous ne nous sentons pas bien, mais le fait d’être en contact avec des environnements qui améliorent la santé est de plus en plus reconnu comme facteur préventif aussi bien que curatif. Notre étude montre que l’importance de ces bénéfices peut être suffisante pour avoir un impact clinique significatif. »

L’équipe de recherche espère que ses résultats vont inciter les médecins et professionnels de la santé à recommander à leurs patients de passer plus de temps dans les espaces verts et les zones naturelles. Twohig-Bennett espère aussi que ces résultats « encourageront décideurs et urbanistes à investir dans la création, la régénération et le maintien de parcs et d’espaces verts, particulièrement dans les quartiers résidentiels urbains et les communautés défavorisées qui pourraient en profiter le plus. »

Un domaine de recherche à explorer

Une recherche toute récente, parue en février 2018, fait écho aux propos ci-dessus. Une équipe de l’Université de Toronto s’est penchée sur les effets spécifiques de la couverture arborée, la diversité et la composition des espèces d’arbres sur les performances scolaires d’élèves de degrés 3 à 6 de 387 écoles dans le district de Toronto. En tenant compte des facteurs socio-économiques, qui ont bien sûr la plus grande influence sur la performance scolaire (contrôle du statut socio-économique), les chercheurs sont arrivés à la conclusion que la proportion de couverture arborée, distinguée d’autres types d’espaces verts comme les pelouses, avait un effet positif significatif sur la performance scolaire. Cet effet positif était encore plus net dans les écoles étant le plus confrontées aux difficultés socio-économiques (faible revenu familial, langue maternelle autre que l’anglais, etc.), ce qui souligne l’importance accrue d’intégrer les forêts urbaines dans l’aménagement des écoles dans ce type de voisinage. De plus, il y avait une différence plus grande entre l’influence positive des arbres comparée à celle d’autres espaces verts, qu’entre l’influence respective d’un espace vert sans arbres et une surface minéralisée.


Gageons que de nombreuses recherches seront encore publiées dans ce domaine, et pourraient faire évoluer notre rapport à la santé, à l’éducation, à l’urbanisme, ainsi qu’à la nature.

Jean-Christophe Lauraux, Fondation SILVIVA (traduction, texte et photos)

L’étude de Caoimhe Twohig-Bennett et de son équipe a été publiée dans le journal Environmental Research (vol. 166, pp. 628-637) le 6 juillet dernier sous le titre:
The health benefits of the great outdoors: A systematic review and meta-analysis of greenspace exposure and health outcomes.
https://people.uea.ac.uk/en/publications/the-health-benefits-of-the-great-outdoors-a-systematic-review-and-metaanalysis-of-greenspace-exposure-and-health-outcomes(28e21d11-926c-44a7-8a00-fab739810e9a).html

 

Une bonne partie du texte ci-dessus est une traduction de l'article paru ici:

https://www.uea.ac.uk/about/-/it-s-official-spending-time-outside-is-good-for-you

 

Références :
Roger Ulrich, View through a window may influence recovery from surgery, Science, vol 224, Issue 4647, 27.04.1984
https://www.researchgate.net/publication/17043718_View_Through_a_Window_May_Influence_Recovery_from_Surgery
Birdlife International, Wellbeing through wildlife in the E.U. Sandy, UK: Royal Society for the Protection of Birds, 2007
http://datazone.birdlife.org/sowb/casestudy/nature-and-peoples-wellbeing:-examples-from-europe
Sivarajah S., Smith SM, Thomas SC, Tree cover and species composition effects on academic performance of primary school students, PLoS ONE 13(2): e0193254. Feb. 2018
http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0193254

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